1470-1739
III – La construction du moulin actuel
Jean Hamelin, un écuyer descendant d’une famille originaire de Touraine, alors « Seigneur des
Moullins de Corzé », rend aveu le 15 décembre 1479 à Jean Bourré. Il est probable que Jean Hamelin était titulaire du fief de Corzé depuis quelques années. Ses descendants en seront propriétaires pendant deux siècles et demi.
Quelques décennies auparavant, en 1433, Guy VII, seigneur de la Roche-Guyon, a acquis la seigneurie de Jarzé. Il meurt en 1460, laissant pour unique héritière une fille, Marie, qui épouse en secondes noces, Bertin de Silly. En 1479, celui-ci, chambellan du roi Louix XI, vend la châtellenie de Corzé à un ministre du roi, trésorier de France qu’il côtoie donc à la cour, Jean Bourré, seigneur du Plessis-Bourré, de Jarzé et de Longué. À cette époque, le moulin compte trois roues.
Jean Bourré est un bâtisseur, il reconstruit son château du Plessis-Bourré, celui de Jarzé qu’il possède également, et c’est probablement vers cette fin du XVe siècle que le bâtiment du moulin est édifié tel qu’on le connait aujourd’hui.
En 1544, René Hamelin rend aveu au seigneur de Jarzé de son fief des Moulins dans lequel il déclare que quatre moulins en dépendent. Le quatrième a donc été construit entre 1495 et 1544, il s’agit probablement de l’établissement d’une roue supplémentaire sur le pignon ouest du bâtiment du XVe siècle.
Ce représentant de la quatrième génération va rencontrer quelques difficultés. Le 20 novembre 1578, “Jehan [Marlore] sergent général de monseigneur de Jarzé, à la requête du procureur fiscal des châtellenies de Jarzé, Corzé, a saisi quatre moulins appelés vulgairement les Moulins de Corzé, avec toutes leurs dépendances, faute d’aveu du tenant desdits moulins1”.
Le 1er novembre 1579, René Hamelin “sieur des Moulins de Corzé, du Bois et de Vairge, et demoiselle Elisabeth de Naillac son épouse, demeurant au lieu du Bois2, paroisse de Mazé”, pour se libérer de ses dettes, vend à Simon de Courbefosse, marchand de lainages et de soieries à Angers, et à sa femme Jacquine Chenays “la terre, fief et seigneurye, appartenances et deppendances des Moullins de Corzé, pour la somme de 22 000 livres tournois”.
Un mois plus tard, la vente à Courbefosse étant faite à réméré (c’est-à-dire rachetable par les vendeurs pendant neuf ans pour la même somme,) c’est toujours René Hamelin qui est inscrit dans les registres et qui doit formellement rendre aveu au seigneur de Corzé et de Jarzé, reconnaissant “lui devoir un hommage lige pour raison desdits moulins”.
Le 12 janvier 1612, c’est toujours un représentant de la amille Hamelin, Claude, “écuyer, seigneur des moulins de Corzé et du Boys, [qui] fait hommage lige à la veuve de Messire René du Plessis seigneur de la Roche-Pichemer, dame de la baronnie de Jarzé, pour raison de ses moulins et pêcheries”.
Les Hamelin ont donc pu racheter le moulin de Corzé à Simon Courbefosse avant l’échéance du réméré. Notre Claude Hamelin, seigneur des Moulins-de-Corzé du Bois en Mazé, de la châtellenie de L’Epinay-Greffier en Anjou, chevalier de l’Ordre du Roi, Gouverneur du château de Beaufort (ouf) se marie avec Françoise Maillé de la Tour-Landry, dame de Bouloire le 16 février 1615. Leur fille Claude Hamelin épouse à son tour Louis Testu de Balincourt.
Chevalier, seigneur de Balincourt, Arronville, Menouville, Héréville et Margicourt, au Vexin, du Bois en Mazé et de Launay (Anjou), Louis était chevalier de l’ordre et gentilhomme de la chambre, il fut créé capitaine d’une compagnie au régiment de Picardie en 1629. De 1635 à 1639, il servit dans l’armée du maréchal de Châtillon, puis fut élu député de la noblesse pour assister aux états généraux convoqués à Tours en septembre 1651 (qui ne se tiendront finalement pas, Louis XIV étant déclaré majeur à 13 ans, rendant caduque la convocation des états généraux et mettant un terme à la régence d’Anne d’Autriche).

© Réunion des musées nationaux
Son mariage avec Claude Hamelin le 1er juin 1640 lui permet d’entrer en possession de la terre et des moulins de Corzé. L’union est célébrée au château de Pimpéan, à Grézillé, fief de la famille de Naillac à laquelle appartient la grand-mère paternelle de Claude, décédée le 17 décembre 1661 au château de Balincourt (Vexin), âgée de 38 ans.
Leur petit-fils, Claude Guillaume de Balincourt (portrait ci-dessus), vend les terres et moulins de Corzé à Urbain Leloy. Ainsi prend fin, le 29 juillet 1739, la mainmise de la famille Hamelin et ses descendants sur le moulin, après un bail particulièrement long d’environ 270 années.
- Christian Cussonneau, ingénieur d’études honoraire au Service régional de l’inventaire des Pays de la Loire, chargé de l’inventaire du patrimoine en Maine-et-Loire, membre de l’Association de sauvegarde des Moulins d’Anjou, dans un document spécialement rédigé pour la famille Girardeau en février 2019 ↩︎
- Le domaine du Bois près Mazé « était une terre seigneuriale avec manoir entouré de douves. René Hamelin y résidait avec sa femme Élisabeth de Naillac depuis au moins 1565 et toute leur famille y nait dans les dernières année du XVIe siècle » (Célestin Port, dictionnaire historique du Maine-et-Loire) ↩︎


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