1750-1785
V – L’effacement des seigneurs

Olivier Macé est un autre exemple, dans l’Ancien Régime finissant, de la montée en puissance de la bourgeoisie. Simple marchand angevin quand il se marie le 11 janvier 1724 à la cathédrale Saint-Maurice avec Jeanne Barachin, fille d’un autre marchand, il porte le titre de “conseiller du roi, échevin perpétuel à l’hôtel commun de la ville d’Angers” quand il se porte acquéreur du moulin dont veut se défaire Urbain Leloy,
L’échevin est l’équivalent de nos conseillers municipaux. Les échevins étaient à l’origine élus par les corporations et les notables pour des mandats limités. Olivier Macé vit sous le règne de Louis XV, qui a décidé pour renflouer les caisses de la monarchie, de transformer ces fonctions électives en offices que l’on achète, et qui appartient à vie à son titulaire. Le titre de conseiller du roi était honorifique, qui signifie simplement qu’il agissait dans ses fonctions d’officier municipal au nom du roi. Depuis son mariage en 1724, les affaires du marchand ont suffisamment prospéré pour avoir les moyens d’acheter la charge d’échevin. Et pour couronner sa réussite, d’acquérir un fief.
Ce sera le fief des terres et moulins de Corzé. Le contrat est daté du 10 septembre 1750. Outre sa fonction d’échevin, Olivier Macé était également juge consul, donc au fait des litiges, conflits, faillites des marchands locaux. Ce sont peut-être ces fonctions qui l’ont mis en relation avec Urbain Leloy, dont on a vu qu’il connaissait quelques difficultés dans ses affaires.
En 1750, il a une cinquantaine d’années. De son mariage, il a eu une fille, Anne, qui se marie en 1756 à Saint-Sylvain d’Anjou avec un bourgeois d’Angers, Jean Louis Baron. Au décès d’Olivier Macé, le moulin revient à sa fille, qui le met en vente en 1785, en passant des annonces dans les Affiches d’Angers.

M. Fourmond, notaire à Angers, est chargé de la vente. Il détaille dans l’annonce l’étendue du fief de “la terre de la Motte, plus connue sous le nom des Moulins de Corzé” : “La maison est près la riviere du Loir ; elle est distribuée en une cuisine, salle à manger, salon de compagnie, boulangerie, 2 chambres à cheminée au premier étage, un grenier au-dessus, un autre grenier régnant sur la cuisine et sur la boulangerie, cave voûtée, grange où est le pressoir, écurie à contenir 8 chevaux, grenier au-dessus, toits à porcs, latrines, cour, & terrein vaste où sont placés ces bâtiments ; ledit terrein garni de noyers ; jardins de 4 boisselées, verger ensuite, garni de bons arbres ; réservoir qui reçoit l’eau de la riviere du Loir, droit de suie, de rouissage, de port & pontonage, droit de pêche, exclusif sur plus d’une lieue de ladite riviere du Loir ; droit de haute Justice. Un clos de vigne, contenant 11 quartiers. Les moulins à eau de la Baillé de Corzé, composés de 4 meulles, sous le même toit, greniers au-dessus, logement du Meûnier, boulangerie, toits à porcs, écurie à contenir 20 chevaux. La métairie & fief de la Ténébriere, ledit fief fort étendu, la métairie composée de tous les logements nécessaires à l’Exploiteur, 42 journaux de bonnes terres labourables, & une grande pâture ; environ 25 arpents de prés, partie closes & regaignables, partie située dans la prairie de la grande riviere, entre la riviere du Loir et la paroisse de Soucelles. Outre les menus cens, dus au fief, il dépend de ladite terre 45 livres de rente fonciere en argent, & 6 boisseaux de bled.”
L’annonce précise que la vente sera faite aux enchères, l’adjudication étant prévue le lundi 7 mars 1785.
L’identité des propriétaires successifs du fief de Corzé depuis que le marquis de Balincourt s’en est séparé montre bien la montée de la bourgeoisie dans l’Ancien Régime finissant. Un fils de chirurgien, puis un marchand assez riche pour acheter une charge d’échevin.
Nouvelle étape d’évolution, une ère va s’ouvrir au cours de laquelle ce sont des meuniers, ou leurs descendants, qui ne se contenteront plus d’exploiter le moulin de Corzé au profit d’un seigneur, mais vont en détenir l’acte de propriété.
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