C’est donc en 1920 que le moulin va entrer dans le patrimoine de la famille Girardeau. Georges Rabault et sa femme vendent à Camille Joseph Girardeau (photo ci-contre) “une partie de la propriété de la Motte comprenant un moulin (3 roues), deux maisons, un jardin avec la ruine d’un moulin à vent et un grand terrain jusqu’à la Ténébrière”.  

Camille Joseph est issu d’une lignée de meuniers vendéens qui remontent au moins jusqu’au début du XVIIIe siècle par sa branche maternelle. Ses parents travaillent au moulin de Brocheton sur la commune de Treize-Vents en Vendée, mais Camille Joseph est le troisième garçon de la famille et il n’y a pas d’emploi pour lui. Obligé de s’exiler, il quitte la Vendée pour s’établir tout d’abord à Longué (Maine-et-Loire) comme piqueur de meule, puis comme meunier au moulin Carcout à Baugé

Il se marie une première fois avec Marie-Louise Cornu, avec qui il a un fils en 1906, Camille Victor, né à Chartrené. Veuf en 1910, il se remarie en 1914 avec Marie Beurois, ancienne dame de compagnie d’une bourgeoise de Baugé sans descendance qui a fait d’elle son héritière. Après son mariage avec Marie Beurois, Camille Joseph quitte son emploi de meunier à Baugé pour devenir, en 1920, propriétaire de son propre moulin, le moulin à eau de Corzé. La maison de maître n’est pas incluse dans la vente. On aura noté qu’une des quatre roues du moulin a été mise hors service antérieurement. 

La vente est conclue pour 22 000 francs, provenant selon l’acte de vente « pour deux mille francs de leurs deniers personnels et pour les vingt mille francs de surplus de l’emprunt qu’ils ont solidairement fait de pareille somme de Mademoiselle Marie Antoinette Aubineau, propriétaire demeurant à Gennes, suivant acte reçu par Me Mahou notaire à Baugé le dix-sept octobre mil neuf cent vingt. » 

Au rachat par Camille Joseph Girardeau, l’acte daté du 28 octobre 1920 précise que « le corps de bâtiments à deux étages servant de moulin avec la première voie d’eau la plus rapprochée de la porte de Corzé sur le Loir avec les tournants et virants roue hydraulique et accessoires sont actuellement loués à Monsieur Pierre Cadot meunier et à Madame Marthe Lelaize sa femme demeurant actuellement à Corzé pour douze années qui devaient finir le premier novembre mil neuf cent vingt six”.

Au rachat par Camille Joseph Girardeau, l’acte daté du 28 octobre 1920 évoque l’existence d’un moulin à vent décrit « à l’état de ruine » (lire ci-dessous).

Son fils Camille Victor, puis son petit-fils Camille Jean, sont les derniers meuniers propriétaires du moulin de Corzé. Une usine d’aliments du bétail sera construite en 1962 (voir la carte postale datant de 1962-65 sous l’onglet Photos). À partir de cette date, et jusqu’au milieu des années 70, le moulin à eau tournera encore pour du mégrage : les paysans amenaient leurs grains en petites quantités pour les faire moudre et en nourrir leurs animaux. Pendant neuf siècles, le moulin à eau de Corzé a fourni de la farine. En 2026, le moulin est toujours la propriété de la famille Girardeau, le logement est toujours utilisé.  

Camille Victor avait été conseiller municipal de Corzé, son fils puis son petit-fils seront maires sans discontinuer de 1945 à mars 2001. 

Un moulin à eau utilise la force du courant pour actionner les roues du moulin. Lors des épisodes de crues du Loir, les eaux sont étales et le moulin à eau est à l’arrêt. Pour palier ces périodes de crues, un moulin à vent a existé. Il ne figure pas sur la feuille 98 (Angers) de la carte de Cassini, pour laquelle les ingénieurs ont arpenté la région dans les années 1760-1770.

La carte de Cassini indique nettement le moulin à eau de la Motte symbolisé par la roue dentée, mais ne fait pas état d’un moulin à vent, qui serait représenté par la croix pattée ou le petit cercle surmonté d’ailes qui caractérise les moulins à vent

Mais sur le plan napoléonien de Corzé section A2 publié en 1830, dont les relevés sont bien antérieurs, on voit nettement le dessin du moulin (parcelle 782), de la maison de maitre (parcelle 779) et, de l’autre côté de la route de Corzé à Villevêque, sous le numéro 773, un rond qui révèle l’existence du moulin à vent.

L’utilité d’un moulin de secours était déjà prégnante avant l’époque de Cassini, mais il faudra attendre la Révolution française et la libéralisation des droits de mouture pour voir fleurir massivement dans la région la construction de ce type de moulin en maçonnerie, appelé « moulin-tour ». On peut ainsi estimer sa construction autour des années 1810-1820 et ce serait donc Mathurin Cochin, le premier meunier à exploiter lui-même le moulin, qui aurait investi pour garantir son activité malgré les caprices du Loir.

À l’achat du moulin par Camille Joseph Girardeau en 1920, ce moulin est réputé « en ruines ». Sans doute qu’après un siècle environ de fonctionnement, le coût d’entretien du bâtiment et de ses ailes, pour un outil qui ne servait que de manière intermittente, le rendait moins intéressant. En le déclarant « en ruine », on entraînait la modification de son statut fiscal puisque le bâtiment n’était plus considéré comme un outil de production imposable. On se privait du moulin de secours, mais il aurait fallu consentir d’importants frais de rénovation, outre l’imposition fiscale.

 Sa silhouette est toutefois encore visible sur une gravure de 1933. Or on sait par ailleurs que ses pierres ont servi à la construction de la maison familiale des Girardeau.

Camille Victor, fils de Camille Joseph, s’est marié en 1931, le couple a son premier enfant en septembre 1932. Le logement installé dans le moulin devient trop étroit pour les deux familles, il est vraisemblable que le moulin à vent a été détruit après la réalisation de la gravure de 1933, mais avant 1936, où le recensement montre que Camille Victor et sa famille habitent séparément de Camille Joseph et sa femme.

C’est le souvenir de ce moulin à vent qui a donné son nom au nouveau lotissement en cours d’aménagement dans le bourg de Corzé, non pas précisément sur la parcelle du moulin à vent, mais sur les parcelles adjacentes.